APA - Agadez (Niger) -
Très tôt dans l’après-midi de ce dimanche, les tribunes de l’arène de lutte d’Agadez (plus de 900 km de Niamay) sont prises d’assaut par de nombreux spectateurs.
Le lutteur Idrissa Natabawa, entouré de griots et de batteurs de «ganga» (tam-tam), lance ses défis : «I ou , I ou.. Sogolo, joue l’air des vaillants, prête-moi tes oreilles I ou je suis Natabawa, l’invincible, l’insaisissable... ».
De la tribune officielle, des averses de billets de banques se déversent sur le lutteur, le public devient plus bruyant.
Les deux finalistes du 28ème championnat national de lutte traditionnelle du Niger se disputant à Agadez depuis le 16 février dernier, s’avancent.
Ils sont bruyamment salués.
Le maître de cérémonie réclame le silence. Les deux protagonistes pour l’acte final sont Harouna Abdou (29 ans, 115 kg) de la localité de Tahoua et Idrissa Natabawa (28 ans, 80 kg) de Maradi, les seuls invaincus jusque-là de la compétition ayant regroupé 80 lutteurs.
A 15 h 30 mn, c’est le bout du tunnel. L’arène est maculée de nouvelles couleurs entremêlées. «On n’a le moindre espace pour cracher», lance un spectateur subjugué par la masse humaine qui a envahi les tribunes.
Dans les vestiaires, c’est à nouveau l’ambiance. Marabouts et charlatans rivalisent de monologues et d’incantations pour apporter la chance à leurs lutteurs.
Les consultations et autres conciliabules sont au firmament du mysticisme.
«En matière de lutte, la préparation physique occupe une place négligeable. La victoire comme la défaite dépend d’une force mystique», confie Malam Talatou, un charlatan qui allie le mystère des génies à celui de la science islamique.
«Pour gagner, il faut avoir de la technique et de la force, mais surtout de la chance», confesse un lutteur, soulignant que «c’est pourquoi il est nécessaire de multiplier les consultations occultes et d’obtenir la mansuétude des forces invisibles».
Les tribunes, pleines à craquer, continuent à accueillir du monde. Les « Tchali tchali» (amuseurs publics) sont au paroxysme de leur comédie.
Du coté des finalistes, l’heure est presque grave. Les invaincus sont inondés de parfums perçant l’odorat, ceinturés de talismans et de conseils de tout acabit.
Les milliers d’amateurs retiennent leur souffle.
Enfin, le combat tant attendu dans tous les coins et recoins du Niger peut commencer. Idrissa Natabawa, flanqué de son entraîneur, entre dans l’arène par le côté ouest, sous les cris d’admiration d’un public joyeux visiblement acquis à sa cause.
Il fait le tour de la petite cour tout en soliloquant.
De l’ouest, son adversaire, Harouna Abdou, fait son apparition et des youyous stridents fusent de partout.
Les deux combattants font leurs prières.
L’arbitre donne le coup de sifflet. L’arène, si bruyante il y a quelques minutes, devient subitement silencieuse.
Les yeux rivés sur les deux silhouettes massives, les amateurs, transistors collés à l’oreille, même dans l’arène, écoutent religieusement les commentaires du combat.
Le suspens dure. Après un affrontement corporel âpre, mais très long (près de 1 heure 10 minutes), Harouna Abdou, d’un jeu de bras, expédie son adversaire Natabawa au sol. L’euphorie des tribunes est indescriptible.
Harouna Abdou devient le champion national de lutte du Niger, le «roi des arènes». Un titre assorti d’une enveloppe de deux millions de FCFA, d’un cheval harnaché, d’un sabre et divers cadeaux.
Il devient un personnage adulé au Niger, pays où la lutte est le sport-roi.