Sénégal - Sahel - Sécurité

Sahel : près de 3000 évènements violents prévus en 2022

APA-Dakar (Sénégal) Par Abdourahmane Diallo

Cette violence, qui s'est étendue en intensité et en portée géographique, représente le double du taux de l'année écoulée selon le Centre d'études stratégiques de l'Afrique.

L’ampleur des attaques jihadistes est montée d’un cran en 2022 au Burkina, au Mali et au Niger. Ces trois pays constituent les foyers où les groupes armés sont les plus actifs dans la sous-région ouest-africaine. Selon le Centre d'études stratégiques de l'Afrique basé à Washington, aux Etats-Unis, sur les 135 districts administratifs du Mali, du Burkina et de l'Ouest du Niger, 84 d'entre eux, soit près des deux tiers, ont connu des attaques extrémistes violentes en 2022. 

Par contre, en 2017, ce chiffre était inférieur à un tiers (40 districts). Cette année-là, signale le centre de recherche, plus de 80 % de tous les événements violents avaient eu lieu dans 30 districts du Nord et du Centre du Mali.  En 2022, plus des deux tiers des évènements violents liés à des groupes islamistes militants au Sahel se sont produits en dehors de ce pays, principalement au Burkina.

A en croire l’organisme américain, sept districts administratifs du Sahel devraient subir chacun plus de 100 évènements violents en 2022. Un seuil qui n'avait été franchi que 5 fois avant cette année. Dans ce magma d’insécurité, le Centre d'études stratégiques de l'Afrique distingue cinq zones, chacune avec des dynamiques de conflit variées. Il s’agit de la zone des trois frontières communes au Burkina, au Mali et au Niger. Collectivement, soulignent les chercheurs américains, cet espace englobe plus de 70 % de la violence islamiste militante au Sahel.

La zone des trois frontières, épicentre des violences au Sahel

Cette zone, historiquement habitée par des populations pastorales, couvre des parties du Nord du Mali, une région du Burkina, mais aussi du Niger. Plusieurs groupes militants, dont des vestiges du groupe burkinabè Ansaroul Islam, y combattent sous la bannière de la coalition Jama'at Nusrat al Islam wal Muslimin (Jnim) ou Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Gsim) affilié à Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). D'autres sont sous couvert de l'État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) devenu depuis avril l'Etat islamique au Sahel (EIS).

Les cinq districts d'Ansongo, Gao, Oudalan, Soum et Séno, répartis entre ces trois pays, représentent, d’après les chercheurs, près du quart de tous les épisodes violents liés aux groupes militants islamistes au Sahel. Ils estiment que quatre de ces cinq districts devraient connaître plus de 100 évènements violents en 2022, qui tire néanmoins à sa fin.

Le district d'Oudalan au Burkina, bordant le Mali et le Niger, devrait être le théâtre de plus de 175 évènements violents. Cela fera de lui, pour la 2e année consécutive, la zone qui subira la plus forte concentration de violences au Sahel.

Le think tank informe que plus d'un tiers des civils tués en 2022 par des groupes militants islamistes au Sahel ont perdu la vie dans l'un de ces cinq districts. Par ailleurs, poursuit-il, plus de 340 civils devraient être tués par des groupes islamistes militants dans les districts d'Ansongo et de Séno en 2022.

Il existe de fortes divisions au sein des groupes militants islamistes liés à la violence dans cette zone. La grande majorité des activités extrémistes violentes à Ansongo (92 %), Oudalan (88 %) et Séno (95 %) sont attribuées à l’EIGS. Ce mouvement, une émanation de groupes militants précédemment établis dans la région, perçoit une zakat (taxe) coercitive et lourde dans la zone des trois frontières. Il se livre aussi au vol de bétail pour notamment financer ses activités. Les évènements du Soum, berceau d'Ansaroul Islam, sont quant à eux, massivement attribués à la coalition du Jnim (98 %). Les évènements à Gao sont à peu près répartis entre les deux réseaux.

Centre-Nord du Burkina, zone des escalades de violence les plus rapides du Sahel

Les militants du Front de Libération du Macina (FLM), aussi appelé Katiba du Macina, qui fait partie de la coalition du Jnim, ainsi que les restes d'Ansaroul Islam, se sont déployés plus au Sud dans cette zone la plus peuplée du Burkina (près de 3 millions d'habitants).

Le Centre d'études stratégiques de l'Afrique affirme que la violence a déplacé près de 2 millions de Burkinabè, dont beaucoup ont cherché refuge dans un camp de personnes déplacées à Kaya, la capitale régionale et cinquième plus grand centre urbain du Burkina. C'est également une zone qui dispose d'importants gisements d'or, dont au moins trois mines industrielles et des dizaines de mines artisanales enregistrées. Les groupes islamistes militants cherchent à contrôler ces sites en tant que source majeure de revenus .

Selon les chercheurs américains, en 2017, un seul évènement violent lié aux groupes militants islamistes a eu lieu dans les cinq districts de cette zone : Bam, Loroum, Namentenga, Sanmentenga et Yatenga. « Plus de 450 incidents violents devraient avoir lieu dans cette zone en 2022, ce qui représente 16 % de tous les événements au Sahel », affirment-ils.

Cette zone est devenue un site principal d'expansion du FLM/Jnim au Burkina. Les évènements liés à l'EIGS représentent moins de 10 % des incidents notés dans cette zone et se sont déroulés presque entièrement à Namentenga. La violence contre les civils (deux évènements violents sur trois visaient des civils en 2019) a entraîné des déplacements massifs de population de cette zone, permettant au FLM et à d'autres groupes liés au Jnim de contrôler efficacement ce territoire.

Le Centre du Mali, fief du FLM depuis 2015

Dirigée par le prédicateur extrémiste Amadou Koufa, la violence du FLM a radicalement déplacé l'insécurité au Mali des régions les plus reculées du Nord vers les districts centraux de Bandiagara, Bankass, Djenné, Douentza, Koro et Mopti. Celles-ci comptent collectivement une population d'environ 1,5 million de personnes.

Depuis cette base, le FLM a récemment mené une poussée dans l'Ouest et le Sud du pays, devenant de plus en plus capable de menacer la capitale, Bamako. Cela survient après que le FLM a soutenu avec succès des éléments du Jnim poussant dans le Nord du Burkina et, dans une moindre mesure, plus au Sud du pays des Hommes intègres.

Globalement, notent les chercheurs, les évènements violents dans cette zone représentent 14 % de tous les épisodes de ce type au Sahel et 40 % de tous les incidents au Mali. En 2022, ceux-ci sont généralement liés au FLM et à Amadou Koufa. Depuis 2019, les niveaux de violence dans cette région sont parmi les plus élevés au Mali. Le nombre d'évènements a augmenté d'environ un tiers en 2020, puis de 50 % en 2021, et devrait encore augmenter de 33 % en 2022.

Par ailleurs, le centre de recherche signale que des évènements violents liés à ces groupes se sont produits dans dix districts situés au Nord de la Côte d'Ivoire, au Bénin et au Togo. Bien que les activités dans ces régions du Nord ne représentent qu'un faible pourcentage de la violence globale, la présence croissante de groupes islamistes militants dans ces régions est préoccupante, alerte-t-il.

Le think tank note que le Niger est menacé par la recrudescence des activités violentes. Les 174 évènements violents prévus dans l'Ouest du pays en 2022 représentent une augmentation de près de 10 % par rapport à l'année précédente, conclut-il.

Les trois zones composées du Centre du Mali, des trois frontières et du Centre du Burkina représentent plus de la moitié (55 %) de tous les évènements violents de la région. Cela souligne, d’après les chercheurs, l'importance du Centre du Mali en tant que base et zone de rassemblement pour les attaques dans les zones voisines.

ARD/te/APA

Réagir à cet article